Queue entre les pattes, ventre bombé, celui qui fut l’un des propagandistes de la CRP de Thomas Lubanga revient aujourd’hui les mains vides. À Tchomia, accueilli ce jeudi par une délégation officielle, l’homme a troqué la rhétorique de l’insurrection pour celle de la pacification, affirmant désormais soutenir la vision du chef de l’État.
Cette conversion, aussi soudaine que spectaculaire, soulève pourtant une question essentielle sur la trajectoire de ceux qui embrasent les provinces de l'Est de la République démocratique du Congo avant de revenir, quelques années plus tard, se présenter comme des acteurs de la paix.
Le parcours d’Augustin Kuratabo révèle une tragédie congolaise devenue presque familière. Celle d’une jeunesse instrumentalisée par des acteurs en quête de pouvoir, d’influence ou de leviers de négociation avec Kinshasa. En qualifiant lui-même la CRP de «distraction», l’ancien rebelle semble reconnaître, avec le recul, la vanité d’une entreprise criminelle qui prétend porter les aspirations de l’Ituri.
Derrière les slogans de libération, les promesses de changement et les discours sur la défense des intérêts locaux, ce sont souvent les mêmes jeunes qui paient le prix fort. Recrutés, manipulés et envoyés au front, ils deviennent les premières victimes de stratégies politiques dont ils ne maîtrisent ni les objectifs ni les conséquences.
Lorsque l’aventure s’essouffle, les dirigeants cherchent une issue, négocient leur retour et retrouvent progressivement une place dans le jeu politique. Les communautés, elles, restent avec les morts, les déplacés, les traumatismes.
NE.
