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UPN : l’institution ne doit pas devenir «le terrain des luttes de positionnement», les Collectifs des assistants et chercheurs appellent la tutelle à agir pour préserver la stabilité de l’Université

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UPN : l’institution ne doit pas devenir «le terrain des luttes de positionnement», les Collectifs des assistants et chercheurs appellent la tutelle à agir pour préserver la stabilité de l’Université

Les Collectifs des assistants et chercheurs en psychologie du travail et des organisations de l’Université pédagogique nationale ont adressé, ce vendredi 7 août, une lettre ouverte à la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, Marie-Thérèse Sombo, pour réclamer des mesures en faveur de la stabilité institutionnelle, de l’assainissement administratif et du développement durable de l’établissement.

Dans ce document de sept pages, les signataires disent vouloir dépasser les querelles internes et attirer l’attention des autorités sur les difficultés qui, selon eux, fragilisent depuis plusieurs années le fonctionnement de l’UPN.

D’emblée, les Collectifs précisent que leur démarche «n'est dirigée contre aucune personne, aucun groupe ni aucun Comité de gestion». Ils affirment être animés par «la volonté de voir l'UPN retrouver sa stabilité, son prestige académique et sa place stratégique dans la formation des enseignants, des chercheurs, des cadres et des citoyens appelés à contribuer au développement de la République démocratique du Congo».

Leur plaidoyer intervient dans un contexte qu’ils décrivent comme marqué par une instabilité persistante de la gouvernance et par des tensions internes qui compliqueraient la continuité de l’action institutionnelle.

Une gouvernance jugée trop instable

Selon les auteurs de la lettre, l’Université pédagogique nationale peine depuis plusieurs années à consolider ses acquis et à inscrire ses politiques dans la durée.

Cette situation, écrivent-ils, «ne semble pas être uniquement liée à l'insuffisance des ressources matérielles ou financières». Elle serait également liée à «une instabilité chronique dans la gouvernance, d'une culture persistante de dénonciations non vérifiées, de conflits internes, de luttes de positionnement et de résistances à certaines réformes administratives et académiques».

Les Collectifs insistent particulièrement sur les changements fréquents à la tête de l’université. À leurs yeux, cette succession de directions compromet la continuité des politiques engagées et rend difficile l’évaluation des réformes sur le long terme.

«Lorsque l'équipe de direction est remplacée après une période relativement courte, il devient difficile d'élaborer, de mettre en œuvre et d'évaluer une véritable politique institutionnelle», soutiennent-ils.

Ils estiment que l’UPN donne ainsi parfois «l'impression de repartir régulièrement de zéro», contrairement, selon eux, à certaines grandes institutions universitaires qui bénéficieraient d’une plus grande continuité managériale.

Des changements fondés sur les performances

Les Collectifs des assistants et chercheurs en psychologie du travail et des organisations de l’Université pédagogique nationale demandent que les éventuels changements à la tête de l’université ne soient plus principalement provoqués par des pressions internes ou des accusations dont les fondements n’auraient pas été établis.

«Il semble donc indispensable que les changements à la tête de l'Université pédagogique nationale ne soient plus déterminés principalement par la pression, les rumeurs, les lettres anonymes, les campagnes de dénigrement ou les conflits de personnes», écrivent-ils.

Ils proposent plutôt une évaluation basée sur des critères précis, parmi lesquels la qualité de la gouvernance, la performance académique, la gestion financière, la recherche scientifique, la numérisation, la modernisation des infrastructures ainsi que l’amélioration des conditions de travail et d’études.

Pour les signataires, la question ne devrait donc pas être uniquement celle du remplacement des responsables, mais également celle de l’évaluation de leur bilan.

La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, Marie-Thérèse Sombo

«Avant de condamner un Comité de gestion, il faudrait examiner ce qu'il a réellement accompli, les difficultés auxquelles il a été confronté, les réformes qu'il a engagées, les résistances qu'il a rencontrées et les résultats qu'il a obtenus», soulignent-ils.

L’UPN ne doit pas devenir le terrain des luttes de positionnement

Dans leur lettre ouverte à la ministre de tutelle, les Collectifs mettent également en garde contre une appropriation de l’université par des intérêts particuliers. «L'UPN ne peut rester prisonnière des luttes de positionnement», affirment-ils, rappelant qu’une université publique ne saurait être assimilée à la propriété d’un groupe ou d’un réseau.

«Une université publique appartient à l'État et à la Nation. Elle ne peut être considérée comme la propriété privée d'un groupe, d'une génération d'agents, d'une association, d'un courant interne ou d'un réseau d'intérêts», poursuivent-ils.

Cette mise en garde s’accompagne d’une critique de la course aux responsabilités. Les Collectifs considèrent que les fonctions dirigeantes doivent être envisagées comme des charges assorties d’une obligation de résultats et non comme des récompenses personnelles.

Ils dénoncent notamment une situation dans laquelle certains acteurs consacreraient davantage d’énergie à provoquer le départ des responsables en place qu’à améliorer le fonctionnement de leurs propres services.

«La recherche des postes ne doit pas devenir le moteur principal de la dénonciation», écrivent-ils, avant d’ajouter que «la critique doit servir à corriger les erreurs, non à détruire systématiquement les dirigeants afin de prendre leur place».

Des accusations soumises à une procédure contradictoire

Parmi les demandes adressées à la ministre figure également l’instauration d’une procédure contradictoire lorsqu’un responsable fait l’objet d’accusations graves. 

Les Collectifs souhaitent que toute dénonciation soit accompagnée d’éléments permettant d’en vérifier le bien-fondé. «Toute dénonciation grave devrait être accompagnée de faits précis, de documents ou d'éléments vérifiables», indiquent-ils.

Ils demandent également que les personnes mises en cause puissent présenter leur défense avant toute sanction ou décision administrative. «Les personnes mises en cause devraient disposer du droit de répondre avant toute sanction ou décision administrative», poursuivent-ils.

Les auteurs de la lettre souhaitent enfin que les dénonciations manifestement mensongères puissent engager la responsabilité de leurs auteurs, conformément aux textes applicables.

Des nominations fondées sur le mérite

La professionnalisation des nominations constitue un autre volet important de leur plaidoyer. Les Collectifs souhaitent que les responsables académiques, scientifiques et administratifs soient sélectionnés sur la base de critères liés à leurs compétences et à leurs résultats.

«Les responsables académiques, scientifiques et administratifs devraient être sélectionnés en tenant compte de leur compétence, de leur expérience, de leur intégrité et de leur capacité à produire des résultats», affirment-ils. Pour eux, l’ancienneté, l’appartenance à un réseau ou la pression exercée par un groupe ne devraient pas constituer les principaux critères de sélection.

Sans ambiguïté, les signataires de ladite lettre ouverte laissent entendre que la transformation d’une institution ne se mesure pas au nombre de dirigeants remplacés, mais à la capacité de l’administration à corriger ses dysfonctionnements et à produire des résultats.

«Changer une institution ne signifie pas remplacer continuellement ses dirigeants», écrivent-ils. «Le véritable changement consiste à corriger les mauvaises pratiques, à renforcer les règles, à améliorer les services et à produire des résultats durables», soulignent-ils. 

Un appel à une gouvernance fondée sur les faits

Au-delà des revendications administratives, la lettre se présente comme un appel à une nouvelle culture de gouvernance universitaire. Les Collectifs invitent les autorités à privilégier les audits, les documents et les indicateurs de performance plutôt que les rumeurs ou les dénonciations non étayées.

«Les autorités ne devraient pas gouverner l'université sur la base de ce que les gens rapportent, mais sur la base de faits, d'audits, de documents, d'indicateurs de performance et de réalisations visibles», soutiennent-ils.

Pour ces derniers, l’accès aux responsabilités devrait également être davantage lié à la présentation d’un projet et à la capacité de démontrer des compétences et des résultats. «La culture des accusations gratuites ne doit plus être le principal moyen d'accéder aux responsabilités», déclarent-ils.

Un plaidoyer pour l’intérêt général

Sans aller par le dos de la cuillère, les Collectifs présentent leur démarche comme un appel à la responsabilité collective. «Notre démarche est un appel à la responsabilité collective», écrivent-ils, estimant que l’UPN ne pourra surmonter durablement ses difficultés que si «l'intérêt général l'emporte sur les intérêts individuels».


Ils sollicitent ainsi l’intervention de la ministre Marie-Thérèse Sombo afin de favoriser «une stabilité minimale» des Comités de gestion, une administration plus rigoureuse, des nominations fondées sur le mérite et une évaluation régulière des responsables sur la base de leurs résultats.

En tout cas, «Nous sollicitons donc respectueusement votre intervention afin de faire de l'UPN une institution stable, disciplinée, transparente et axée sur les résultats», écrivent-ils à la ministre. 

«L'Université pédagogique nationale mérite mieux que des conflits permanents. Elle mérite une vision, une gouvernance stable, une administration assainie, une recherche scientifique crédible et une communauté universitaire rassemblée autour de son développement», c'est sur cette note que les signataires résument leur attente autour d’une ambition qui dépasse, selon eux, les querelles de personnes. 

La Rédaction