Le 2 août n'est plus seulement la date qui rappelle le déclenchement de la deuxième guerre du Congo en 1998. En République démocratique du Congo, elle est devenue le rendez-vous d'une mémoire que l'État veut inscrire durablement dans le récit national.
Ce dimanche, le pays célèbre la Journée nationale du GENOCOST, une commémoration dédiée aux millions de victimes des conflits qui ravagent l'est du territoire depuis près de trente ans.
Forgé à partir de «Geno» pour génocide et de «Cost», le coût en anglais, le terme GENOCOST désigne, selon les autorités congolaises, le génocide perpétré à des fins économiques à travers l'exploitation des richesses du sous-sol congolais.
Au-delà de l'hommage rendu aux disparus, Kinshasa entend imposer cette terminologie dans les enceintes diplomatiques internationales et faire reconnaître ce qu'elle présente comme l'une des plus grandes tragédies contemporaines du continent.
Une mémoire institutionnalisée
À Kinshasa, la journée s'ouvre au Mémorial du GENOCOST où le président Félix Tshisekedi est attendu pour une cérémonie officielle marquée par un discours, la lecture d'un manifeste et un hommage aux victimes. La commémoration se poursuivra ensuite à l'Esplanade de l'Échangeur avec une mobilisation populaire pensée comme un prolongement du devoir de mémoire.
Pour les autorités, l'enjeu dépasse largement le cérémonial. Il s'agit d'ancrer durablement dans l'espace public le souvenir des violences qui ont fait des millions de morts, de déplacés et de victimes de crimes de masse depuis le milieu des années 1990. Une mémoire que le gouvernement estime longtemps restée à la périphérie des récits internationaux.
Le récit s'exporte
Depuis près de deux ans, Kinshasa mène une offensive diplomatique afin d'obtenir la reconnaissance internationale du GENOCOST. Des initiatives ont été lancées au Conseil des droits de l'homme des Nations unies à Genève puis en marge de l'Assemblée générale à New York, où plusieurs rencontres ont été consacrées à cette revendication.
La stratégie repose sur une idée simple. Faire sortir la tragédie congolaise du seul cadre régional pour l'inscrire dans les débats mondiaux sur les crimes de masse, la justice internationale et les réparations. Le gouvernement congolais espère ainsi construire un consensus diplomatique autour de la qualification des violences qui ont marqué l'histoire récente du pays.
Le droit mobilisé
Pour donner davantage de poids à cette démarche, un Conseil consultatif international a été constitué. Coprésidé par la défenseure des droits humains Julienne Lusenge et le juriste britannique Sir Howard Morrison KC, il réunit des spécialistes du droit international, de la diplomatie et du monde universitaire.
Sa mission consiste à accompagner le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles, le FONAREV, ainsi que la Commission interministérielle d'aide aux victimes et d'appui aux réformes, la CIA-VAR. Les travaux du Conseil s'appuient notamment sur le Rapport Mapping des Nations unies publié en 2010 ainsi que sur les violations plus récentes documentées dans l'est de la RDC.
Une procédure parallèle
Réuni pour la première fois à Londres le mois dernier, ce Conseil a également examiné la requête déposée par la RDC devant la Cour internationale de Justice contre le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali d'avoir violé la Convention des Nations unies de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide.
Les experts prennent soin de distinguer cette procédure judiciaire de la campagne internationale autour du GENOCOST. Mais ils reconnaissent que les deux dynamiques se répondent et pourraient, à terme, nourrir un même objectif, celui d'une reconnaissance internationale des responsabilités liées aux violences commises dans l'est du Congo.
Le récit enseigné
À l'intérieur du pays, le chantier est tout aussi ambitieux. Félix Tshisekedi souhaite inscrire le GENOCOST dans les programmes scolaires, de l'école maternelle jusqu'à l'université. Les ministères de l'Éducation, de la Formation professionnelle et de l'Enseignement supérieur travaillent à cette intégration, présentée comme un levier de transmission de la mémoire nationale.
Le gouvernement veut également diffuser ce récit dans les quatre langues nationales afin de toucher l'ensemble de la population. Plusieurs sessions de formation ont déjà été organisées à destination des inspecteurs de l'enseignement, avec le soutien du FONAREV et de la CIA-VAR, autour de la justice transitionnelle et de la mémoire des conflits.
Une reconnaissance nationale
Le Parlement congolais avait ouvert la voie dès octobre 2025 en adoptant une recommandation reconnaissant le GENOCOST comme un crime de génocide commis en République démocratique du Congo. Les députés demandaient alors l'institution d'une journée nationale de commémoration, la création d'un mémorial et le lancement d'une vaste campagne de sensibilisation.
Cette mobilisation institutionnelle s'appuie sur la loi du 26 décembre 2022, qui a fait du 2 août la Journée nationale de commémoration des victimes des violences massives. Une date désormais appelée à incarner, pour les autorités congolaises, autant un devoir de mémoire qu'un instrument de reconnaissance internationale.
Germain Aboki

