Les oreilles ne doivent pas dépasser la tête, dit-on. La province de l’Ituri, qui connaît depuis des années les conséquences des conflits armés, aurait pourtant besoin que chacun mesure aujourd'hui le poids de ses actes.
Depuis le début de la rébellion, CRP, partie de l’Ouganda, les appels à renoncer à la déstabilisation de la province et à rejoindre le chemin de la paix se sont multipliés. Certains ont compris le message et ont changé de cap. D’autres, au contraire, ont choisi la fuite en avant, radicalisant leur discours contre les institutions de la République et affichant ouvertement leur appartenance à la rébellion.
Et puis, contre toute attente, voilà que certains de ces «enfants prodigues» semblent prendre conscience de la nécessité de changer de cap. Oui, nous disons semblent, car il serait prématuré de transformer cette apparente inflexion en certitude. L’Ituri a appris, souvent à ses dépens, que les déclarations de ses fils pour la paix ne suffisent pas et que seuls les actes permettent de mesurer la sincérité dans l’engagement pris par ses enfants.
En tout cas, ce mercredi 26 août, neuf proches de Thomas Lubanga, de retour d’Ouganda, ont été reçus à Bunia par le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo. Parmi eux, Patrick Ruvale, dont les prises de position radicales en faveur de la rébellion CRP sont connues.
Le revirement est spectaculaire. Hier encore associé à des positions radicales favorables à la rébellion, Patrick Ruvale se présente aujourd’hui parmi ceux qui veulent œuvrer pour la paix. Avec ses compagnons, il affirme répondre à l’appel du chef de l’État et vouloir désormais contribuer au développement de l’Ituri. «Pour nous, il était impossible de participer à la paix de loin», a-t-il déclaré, improvisé porte-parole du groupe. Une phrase qui, pour ceux qui l’ont vu se perdre dans la rébellion, prête presque à rire!
Si elle procède d’une conviction sincère, cette déclaration mérite d’être saluée. Mais l’Ituri, qui a trop longtemps payé le prix des violences, ne saurait se laisser emporter par la seule émotion suscitée par ce retour. La sincérité de ces jeunes hommes demeure, à ce stade, une question ouverte. Il faut donc accueillir leur démarche avec lucidité. Disons que la porte de la paix doit rester ouverte, sans pour autant que cette ouverture ne conduise à baisser la garde.
Il faudra du temps pour savoir si Patrick Ruvale et ses compagnons ont véritablement choisi de s’engager sur le chemin de la paix. Pour l’heure, leurs intentions restent difficiles à évaluer. Ce sont leurs actes, davantage que leurs déclarations, qui permettront dans les prochains mois de mesurer la profondeur de leur engagement.
Au fond, le véritable retour de l’enfant prodigue ne se juge pas au moment où il franchit le seuil de sa terre natale, mais à ce qu’il choisit de faire une fois revenu. S’il renonce durablement à la violence et s’engage en faveur de la paix, alors le retour prendra tout son sens. Le temps dira ce qu’il en est.
NE.
