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ÉDITORIAL : Cent jours pour convaincre, un défi de taille pour Gaby Kasongo

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ÉDITORIAL : Cent jours pour convaincre, un défi de taille pour Gaby Kasongo

Les transitions de pouvoir n'ont de valeur que si elles produisent des changements perceptibles. En Ituri, le remplacement du lieutenant-général Johnny Luboya par le général-major Gaby Kasongo n'a pas seulement marqué un changement d'homme à la tête du gouvernorat militaire.

Il a surtout ravivé l'espoir d'une province qui, depuis l'instauration de l'état de siège en mai 2021, attend toujours que les promesses de pacification se traduisent par un retour durable de la sécurité, de l'autorité de l'État et du développement.

Après cinq années d'un mandat largement jugé mitigé, Johnny Luboya a laissé derrière lui une province toujours confrontée aux violences des groupes armés, aux déplacements massifs de populations, à une administration affaiblie et à une confiance érodée entre les institutions et la population. 

Son successeur, officiellement investi le 15 juin 2026, hérite d'un contexte encore plus complexe, où les défis sécuritaires se doublent désormais d'une crise sanitaire liée à Ebola.

Le calendrier politique est déjà lancé. Le 23 septembre prochain, Gaby Kasongo atteindra le cap symbolique de ses cent premiers jours à la tête de l'Ituri. Cette échéance, devenue un exercice classique d'évaluation dans la gouvernance contemporaine, sera observée avec attention. Les attentes sont immenses, mais les marges de manœuvre demeurent étroites.

Lors de sa prise de fonctions, l'actuel gouverneur militaire avait fixé lui-même le cap. Il promettait de poursuivre les efforts de pacification, de restaurer l'autorité de l'État, de renforcer la protection des populations et d'établir un dialogue permanent avec les communautés locales. Ces engagements constituent aujourd'hui les principaux critères sur lesquels son action sera jugée.

Pour l'instant, le terrain rappelle avec insistance que les promesses ne suffisent pas.

Le territoire de Mambasa demeure l'un des principaux indicateurs de cette réalité. Malgré le changement de gouvernance, les attaques attribuées aux rebelles ADF continuent d'entretenir un climat de peur.

La découverte de dix corps en état de décomposition dans une église de Munguyiko, plusieurs jours après une attaque contre cette localité, est venue rappeler que les populations civiles restent les premières victimes d'une insécurité persistante. Ce drame s'ajoute à une longue liste d'incidents qui interrogent la capacité de l'administration militaire à inverser rapidement la tendance.

Le constat est tout aussi préoccupant dans le territoire de Djugu. Plusieurs localités échappent encore au contrôle effectif de l'État. Des groupes armés continuent d'y imposer leur loi, tandis que des milliers de familles vivent toujours dans des sites de déplacés.

C'est le cas à Bule, dans la chefferie des Bahema-Badjere, où les habitants demeurent incapables de regagner leurs villages en raison de l'insécurité. Le même tableau se répète de Komanda à Bunia en passant par d'autres zones de la province, où les camps de déplacés restent le symbole le plus visible de l'échec collectif, en tout cas jusque-là, à restaurer des conditions normales de vie.

À ces défis sécuritaires s'ajoute une crise sanitaire qui complique davantage la gouvernance provinciale. La riposte contre Ebola souffre notamment des revendications répétées des équipes locales qui réclament le paiement de plusieurs mois d'arriérés. Cette situation illustre une autre faiblesse de l'administration, celle de maintenir la continuité des services publics dans un contexte déjà fragilisé.

Pour autant, réduire les premières semaines de Gaby Kasongo à l'absence de résultats visibles serait une lecture incomplète.

Le nouveau gouverneur militaire semble avoir choisi une méthode différente de celle de son prédécesseur. Dès son arrivée, il a multiplié les consultations avec les autorités coutumières, les représentants de la société civile, les élus provinciaux, les responsables communautaires et les notables de l'Ituri. Cette démarche traduit une volonté affichée de construire les réponses sécuritaires à partir des réalités locales plutôt que depuis les seuls bureaux administratifs.

Parmi les premières décisions concrètes figure également la suspension des tracasseries routières sur l'ensemble de la province, une mesure saluée par de nombreux usagers et opérateurs économiques qui dénonçaient depuis longtemps les barrières illégales et les prélèvements abusifs.

Surtout, Gaby Kasongo affiche une volonté de gouvernance de proximité. Son choix visible d'effectuer des missions d'itinérance dans les territoires les plus affectés par les violences, notamment à Djugu avec les étapes annoncées de Bule et Fataki, traduit une approche qui privilégie la présence sur le terrain. Disons que cette méthode peut contribuer à restaurer la confiance entre les autorités et les populations, à condition qu'elle débouche rapidement sur des résultats concrets.

Car c'est bien là que se situe l'enjeu des prochaines semaines.

Pour tout dire, les populations de l'Ituri n'attendent plus de nouvelles promesses. Elles attendent des routes sécurisées, des villages repeuplés, des écoles réouvertes, des centres de santé fonctionnels et une présence effective de l'État dans les zones abandonnées depuis des années suite à l'activisme des groupes armés.

Le véritable défi de Gaby Kasongo ne consiste donc pas uniquement à maintenir une dynamique de dialogue. Il devra démontrer que cette concertation peut produire des décisions capables de modifier durablement les réalités du terrain.

En vérité, en vérité, à une quarantaine de jours du cap des cent premiers jours, il serait prématuré de parler de réussite comme d'échec. Les indicateurs les plus sensibles demeurent largement inchangés. L'insécurité persiste, les déplacés restent nombreux, les groupes armés conservent leur capacité de nuisance et la crise sanitaire continue de peser sur la province de l'Ituri.

En revanche, une évolution semble perceptible dans la méthode de gouvernance. Le pari de l'écoute, de la proximité et du dialogue apparaît comme la principale marque de fabrique du général-major Gaby Kasongo. Reste désormais à savoir si cette approche permettra de transformer les attentes en résultats.

Que dire ? L'Ituri a connu suffisamment de promesses pour ne plus se satisfaire des intentions. L'une des dernières promesses phares étant de «combattre tous les groupes armés de l'Ituri sans état d'âme». Et donc, le changement de leadership ne prendra tout son sens que lorsqu'il se traduira par une amélioration tangible de la vie quotidienne des populations. C'est à cette aune que sera jugé Gaby Kasongo lorsque viendra le temps du premier bilan.

Le rendez-vous des cent premiers jours ne sera donc pas seulement une échéance politique. Il constituera un premier test de crédibilité pour une gouvernance appelée à convaincre par les actes plutôt que par les intentions. C'est à ce moment que les Ituriens pourront commencer à dire si le départ de Johnny Luboya a réellement ouvert une nouvelle page de l'histoire de leur province, ou s'il ne s'est agi que d'un simple changement d'acteur dans une crise qui, elle, continue de s'écrire.

Germain Aboki