Qui l’aurait cru ? Depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021, l’idée qu’un gouverneur militaire passe une nuit au milieu de sa population relevait presque de l’impensable. Encore davantage à Djugu, territoire devenu l’un des épicentres de l’insécurité en Ituri, où les autorités venues de Bunia, habituées au confort de leurs bureaux climatisés, ne prennent jamais le risque d’y rester après le coucher du soleil.
Et pourtant, c’est là que Gaby Kasongo a choisi de dormir ce lundi 10 août. Le gouverneur militaire de l’Ituri aurait pu arriver tôt à Djugu, enchaîner les étapes de sa tournée, puis reprendre la route vers Bunia dans la soirée.
Mais non. L’autorité provinciale a décidé de passer la nuit à Djugu, comme un général au front aux côtés de ses troupes. Un choix qui, au-delà de l’agenda officiel, ressemble à un message. Celui d’une autorité qui veut rassurer, mais surtout montrer qu’elle entend rester proche de sa population, peu importe les conditions.
Une présence qui parle fort
Gaby Kasongo semble avoir compris qu’il ne s’agit plus seulement de parler à la population de Djugu. Il faut réconforter cette population par la présence. À Djugu-Centre, puis à Fataki, il a livré ses premiers messages autour de la paix, de la conscientisation de la jeunesse et de l’accompagnement vers une paix durable.
Des paroles qui prennent un relief particulier dans un territoire où les attentes sont immenses. Mais le gouverneur semble vouloir aller plus loin. C'est là que son choix de passer la nuit prend tout son sens. Rester sur place, plutôt que repartir à Bunia après quelques heures de visite, c’est se donner la possibilité de toucher du doigt une réalité que les rapports de ses collaborateurs ne peuvent pas toujours restituer.
En outre, c’est aussi une manière de montrer que la proximité ne doit pas être seulement un mot utilisé dans les messages envoyés à la population.
Restaurer la confiance
Dans une région où la confiance entre l’armée et la population doit encore être reconstruite, cette présence marque également un signal lourd de sens. Le gouverneur ne vient pas uniquement demander à la population de croire en l’action de l’État. Il vient aussi, par sa présence, montrer qu’il accepte de se tenir au plus près d’elle.
L’accueil réservé à Fataki comme à Djugu-Centre donne une autre dimension à cette démarche. Une foule nombreuse et fortement mobilisée s’est rassemblée pour lui réserver un accueil chaleureux. Cette mobilisation témoigne d’une attente.
L'attente d’une population qui veut voir l’autorité présente, mais qui veut surtout croire à la possibilité d’un retour durable de la paix à travers l’image d’un homme providentiel que laisse voir le général-major Gaby Kasongo.
Une image forte
Cette nuit passée à Djugu ne changera évidemment pas, à elle seule, la réalité sécuritaire de l’Ituri. Mais elle marque un point positif dans la manière dont l’autorité provinciale entend consolider la relation avec sa population.
La proximité, dans un territoire meurtri, a une valeur particulière. Elle permet d’écouter, de comprendre, mais aussi de mesurer directement les attentes et les inquiétudes de ceux qui vivent loin des centres de décision. Et cela, Gaby Kasongo le sait.
Après Djugu-Centre et Fataki
La mission d’itinérance doit se poursuivre ce mardi 11 août à Bule, où la population attend encore impatiemment l’arrivée du gouverneur militaire. Après Djugu-Centre et Fataki, cette nouvelle étape prolongera le contact direct avec la population.
Mais dès ce lundi, une image forte s’est imposée. Celle d’un gouverneur militaire qui aurait pu repartir à Bunia, mais qui a choisi de rester à Djugu auprès de sa population. Reste cependant l’essentiel, celui de transformer ce geste en résultats tangibles.
Il faut rappeler que la population de Djugu attend la sécurisation de ses villages, le retour des déplacés, la fin des tracasseries et la réinstallation des services publics dans les entités affectées par l'insécurité. À suivre.
Germain Aboki




