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| Des représentants des communautés Hema et Lendu reçus dernièrement par le gouverneur militaire, le général-major Gaby Kasongo à Bunia - Photo d'illustration. |
Si la paix devait revenir par les armes, la province de l’Ituri serait déjà apaisée depuis les conflits sanglants de 1999 à 2003. Ici, l’histoire a démontré que les armes des groupes armés ne libèrent pas, elles détruisent. Elles pérennisent la haine, elles fracturent les communautés et elles éloignent la province de tout développement.
Pourtant, l’homme iturien semble figé dans le temps. Il n’a pas compris que le communautarisme est un poison qui ronge la province et l’empêche d’évoluer. Les associations communautaires, les notables, les parlementaires, tous devraient avoir le courage de dénoncer leurs propres frères armés.
Que LORI cesse de couvrir ses enfants CODECO, que ENTE s’occupe de ses fils, que ZUNANA fasse de même... Les élus Hema doivent interpeller leurs frères, les élus Lendu aussi... Mais au lieu de cela, durant des années, chacun s’est mis à condamner les crimes des autres tout en fermant les yeux sur ceux de la milice identifiée à sa communauté, des milices toujours présentes et même renforcées malgré l’état de siège, à en croire les images devenues virales ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Cette duplicité est la véritable arme qui détruit l’Ituri.
La jeunesse n’est pas épargnée. Elle tombe dans le piège du communautarisme, défendant les siens même lorsqu’ils sèment la mort. Le constat est grave. Même les intellectuels, même les élites, restent prisonniers de ce cancer. Trop peu tente de s’en défaire, mais la majorité vit toujours sous le joug de la peur communautaire, craignant la foudre de leurs propres frères.
Ce silence profite aux politiciens malhonnêtes. Ils manipulent leurs communautés, exploitent leur naïveté et les entraînent dans des projets suicidaires. Ces projets ne sont rien d’autre que la création de groupes armés, bâtis sur le sang des Ituriens, pour servir des calculs politiques sordides.
Ces politiciens se présentent comme des libérateurs. En réalité, ce sont des bourreaux camouflés qui maintiennent aujourd’hui l’Ituri dans la crise sécuritaire alors que les conflits proprement dits entre communautés n’existent plus en Ituri. Ils instrumentalisent la souffrance de leurs communautés pour asseoir leur pouvoir.
Ils nourrissent les milices, entretiennent la haine contre les autorités compétentes et se servent du communautarisme comme d’une arme politique. Leur hypocrisie est mortelle, ils prétendent défendre leurs frères face à la crise sécuritaire qu’eux-mêmes créent alors qu’ils les livrent à la destruction.
L’Ituri ne peut pas continuer à vivre dans cette contradiction. On ne peut pas réclamer la paix tout en protégeant les fauteurs de guerre. On ne peut pas se dire ambassadeur de la paix et garder le silence quand la milice qui s’identifie à sa propre communauté massacre. La province est otage d’une hypocrisie collective qui entretient le chaos.
La seule voie est claire, celle de briser le mur du silence, de dénoncer les siens qui déstabilisent, et de soutenir l’État dans sa mission de neutraliser les récalcitrants. La paix en Ituri ne viendra pas sans la révolte des Ituriens contre leurs propres frères qui massacrent, pillent, violent et détruisent.
La paix ne reviendra pas sans le courage brutal de chaque communauté à regarder ses propres fils dans les yeux et leur dire : assez. N’en déplaise à ceux qui n’aiment pas la vérité. Tant que ce courage n’existera pas, la province de l’Ituri restera prisonnière de ses bourreaux camouflés et de son hypocrisie meurtrière.
Germain Aboki
