EXCLUSIF : là où Luboya distribuait les uppercuts à Samy Jakwong'a et à sa suite, Gaby Kasongo séduit par son charme

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EXCLUSIF : là où Luboya distribuait les uppercuts à Samy Jakwong'a et à sa suite, Gaby Kasongo séduit par son charme

Il aura suffi d'un premier rendez-vous pour faire souffler un vent nouveau sur une relation qui ressemblait depuis longtemps à un mariage consommé puis brisé.

En Ituri, l’arrivée du nouveau gouverneur militaire, le général-major Gaby Kasongo, semble avoir changé l’atmosphère entre l’exécutif provincial et l’Assemblée provinciale. Là où son prédécesseur collectionnait les bras de fer, son successeur a choisi l’écoute et l’opération séduction.  

Le contraste est presque saisissant. Pendant quasiment cinq années, le lieutenant-général Johnny Luboya et les députés provinciaux de l’Ituri se sont observés comme deux voisins condamnés à partager une clôture sans jamais s’intéresser l’un à l’autre.  

Les élus dénonçaient leur mise à l’écart, tandis que l’administration militaire avançait sans véritablement regarder dans le rétroviseur politique. Une cohabitation sous haute tension où les piques étaient devenues une routine que l’on pouvait imaginer.  

Le président de l’Assemblée provinciale, Samy Jakwong’a, n’avait d’ailleurs jamais caché son exaspération. Sur les réseaux sociaux, il avait qualifié Johnny Luboya de «despote», rappelant que l’Ituri n’était pas un royaume.  

Puis le décor a changé

À peine installé, Gaby Kasongo a convié les députés provinciaux autour de la même table. Un geste simple en apparence, mais presque révolutionnaire en stratégie dans une province où les relations entre l’Assemblée provinciale et l’administration militaire s’étaient transformées en dialogue de sourds. Cette fois, les élus sont repartis avec le sentiment d’avoir enfin été considérés comme des partenaires plutôt que comme des spectateurs.  

Le rapporteur de l’Assemblée provinciale, Me Pélé Kaswara, n’a pas caché sa satisfaction. Oui, l’impression est bonne. Oui, le courant semble passer. Mais il a rapidement laissé entendre que les promesses ne construisent pas la confiance. Bien que séduits au premier rendez-vous, pour ces élus provinciaux, les actes seront désormais le véritable juge de cette lune de miel politique.

La sécurité s’est naturellement invitée au cœur des échanges. Si certaines zones connaissent une amélioration, la présence continuelle des groupes armés continue de rappeler que l’accalmie reste fragile. Les députés provinciaux, longtemps recroquevillés dans leurs coins, ont saisi l’occasion pour faire savoir à Gaby Kasongo que cette période doit servir à accélérer les opérations de désarmement et à consolider les efforts de pacification avant que les violences ne reprennent leur souffle.  

Autre urgence, Ebola. Face à la résurgence de l’épidémie, les élus ont appelé la population à ne pas céder aux intox qui circulent plus vite que le virus lui-même. Respect des mesures d’hygiène, lavage régulier des mains et confiance envers les équipes sanitaires demeurent les meilleurs remparts contre la maladie, ont-ils souligné.  

Reste désormais la question que tout le monde se pose en Ituri. Cette entente naissante survivra-t-elle au premier désaccord sérieux ou s’agit-il simplement d’une parenthèse diplomatique après des années de tensions institutionnelles ?  

Pour l’instant, le général-major Gaby Kasongo marque un premier point. Il a réussi ce que son prédécesseur n’avait jamais vraiment obtenu, faire asseoir autour de la même table des élus qui avaient fini par considérer l’exécutif provincial comme une forteresse inaccessible. En politique comme ailleurs, la première impression compte. Mais elle ne vaut que si elle se transforme rapidement en résultats.  

Que dire de plus ?

L’Ituri est une terre où les promesses ont souvent été confrontées à la réalité du terrain. Le nouveau gouverneur militaire vient de réussir son opération séduction. Reste maintenant à transformer le charme du premier rendez-vous en véritable alliance politique avec l’Assemblée provinciale mais aussi avec toutes les couches sociopolitiques de la province, tout en restant au-dessus de toutes les influences communautaires chroniques en Ituri.

Germain Aboki